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    <title>Victory, not vengeance.: Tag 1984</title>
    <link>http://decerebrain.weblogs.dg-sc.org/articles/tag/1984</link>
    <language>en-us</language>
    <ttl>40</ttl>
    <description>"&lt;i&gt;Rather than love, than money, than fame, give me truth.&lt;/i&gt;"&lt;br/&gt;-- Henry David Thoreau</description>
    <item>
      <title>Manifeste pour la cr&#233;ation d'une organisation hacker en France</title>
      <description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant l&#8217;&#233;vidence de la catastrophe, il y a ceux qui s&#8217;indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui d&#233;noncent et ceux qui s&#8217;organisent. Nous sommes du c&#244;t&#233; de ceux qui s&#8217;organisent.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Anonyme, &lt;i&gt;Appel&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;En pratique, le Contre-Net et la &lt;span class="caps"&gt;TAZ&lt;/span&gt; peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des fins en soi &#8211; mais, en th&#233;orie, ils peuvent aussi &#234;tre per&#231;us comme des formes de lutte pour une r&#233;alit&#233; diff&#233;rente.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Hakim Bey, &lt;i&gt;&lt;span class="caps"&gt;TAZ&lt;/span&gt; : zone d&#8217;autonomie temporaire&lt;/i&gt;, 1991&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;b&gt;I &#8211; La contre-culture hacker&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n&#8217;a jamais &#233;t&#233; question d&#8217;&#234;tre m&#233;chants ou destructeurs, m&#234;me quand nous combattions les contre-v&#233;rit&#233;s diffus&#233;es par les m&#233;dia de masse. Nous formions un ensemble de gens bizarres, qui exploraient un univers nouveau et partageaient leurs d&#233;couvertes avec qui
voulait bien l&#8217;entendre. Nous &#233;tions dangereux.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Emmanuel Goldstein, &lt;i&gt;The Best of 2600: A Hacker Oddyssee&lt;/i&gt;, 2008&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oui, je suis un criminel. Mon crime est celui de la curiosit&#233;. Mon crime est celui de juger les gens par ce qu&amp;#8217;ils pensent et disent, pas selon leur apparence. Mon crime est de vous surpasser, quelque chose que vous ne me pardonnerez jamais.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
The Mentor, &lt;i&gt;The Conscience of a Hacker&lt;/i&gt;, 1986, paru dans le num&#233;ro 7 du magazine &#233;lectronique &lt;i&gt;Phrack&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Les pr&#233;jug&#233;s sur le mouvement hacker sont si profond&#233;ment ancr&#233;s dans l&#8217;inconscient collectif qu&#8217;ils se suffisent &#224; euxm&#234;mes. Le grand public oscille entre d&#8217;une part l&#8217;image terroriste v&#233;hicul&#233;e par le complexe m&#233;diatico-policier, et d&#8217;autre part celle d&#8217;un explorateur des fronti&#232;res du cyber-espace transmise par la mauvaise science-fiction. &#192; tel point que tr&#232;s peu connaissent le sens r&#233;el du mot hacker, et moins encore ont une vue globale de ce dont il s&#8217;agit.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Comme souvent, c&#8217;est l&amp;#8217;&#233;tymologie qui permet le meilleur &#233;clairage : hacker est un vieux mot anglais, issu du jargon des b&#251;cherons, signifiant litt&#233;ralement hacheur. Hacheur de bois. Le hacker est celui qui produit de petits objets sophistiqu&#233;s &#224; partir du bois qu&#8217;il
coupe. C&#8217;est celui qui &#171; bidouille &#187; sa mati&#232;re premi&#232;re. La langue anglaise a conserv&#233; l&#8217;usage de ce mot dans ce sens.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;C&#8217;est dans les ann&#233;es 1960, aux &#201;tats-Unis d&#8217;Am&#233;rique, que ce mot apparut dans le contexte des technologies de l&#8217;information. Dans les prestigieuses universit&#233;s de ce pays, l&#8217;informatique commen&#231;ait enfin &#224; produire des r&#233;sultats int&#233;ressants pour d&#8217;autres disciplines, et
elle &#233;tait donc de plus en plus reconnue en tant que science &#224; part enti&#232;re. Les informaticiens cherch&#232;rent alors &#224; s&#8217;affirmer aux yeux du reste de la communaut&#233; scientifique, et se demand&#232;rent donc ce qui pouvait les caract&#233;riser, les diff&#233;rencier. Ils en vinrent &#224; se dire
que, finalement, la m&#233;thode scientifique (poser un probl&#232;me, proposer une hypoth&#232;se, imaginer une exp&#233;rience pour la confirmer ou l&#8217;infirmer, recueillir puis interpr&#233;ter les donn&#233;es, et &#233;ventuellement
recommencer, encore et encore) s&#8217;apparente largement &#224; de la &#171; bidouille &#187;, surtout dans leur sp&#233;cialit&#233;.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;C&#8217;est ainsi que le mot hacker devint le marqueur identitaire de toute une g&#233;n&#233;ration de scientifiques.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Cette g&#233;n&#233;ration, c&#8217;&#233;tait celle de la jeunesse n&#233;e juste apr&#232;s la Seconde Guerre Mondiale. Pour majorit&#233; ais&#233;e et cultiv&#233;e, elle fr&#233;quentait les grandes universit&#233;s telles que Berkeley ou le &lt;span class="caps"&gt;MIT&lt;/span&gt;. Une jeunesse insouciante qui souhaitait &#233;largir ses horizons, et fit exploser les morales anciennes gr&#226;ce aux id&#233;es nouvelles issues de la contre-culture apparue au cours de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente : la Beat Generation de Burroughs et de Kerouac. &#192; l&#8217;Universit&#233; de Californie du Sud (Berkeley), on exp&#233;rimentait le &lt;span class="caps"&gt;LSD&lt;/span&gt;, on d&#233;veloppait &lt;span class="caps"&gt;BSD UNIX&lt;/span&gt;, le premier syst&#232;me informatique open source (quoi que pas encore un logiciel libre) et, au sud de la Baie de San
Francisco, on cr&#233;ait la Silicon Valley ; c&#8217;est dans cette m&#234;me San Francisco qu&#8217;en 1967 fut c&#233;l&#233;br&#233; le Summer of Love et l&#8217;av&#232;nement de la musique psych&#233;d&#233;lique.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;La contre-culture impr&#233;gna petit &#224; petit la totalit&#233; de la communaut&#233; hacker, et son impact reste visible de nos
jours &#224; divers degr&#233;s. Ancien phreaker, Steve Wozniak co-fonda Apple (sa blue box, dispositif de fraude aux t&#233;l&#233;communications, est aujourd&#8217;hui expos&#233;e dans un mus&#233;e). Cr&#233;&#233; dans un but strictement militaire, l&#8217;anc&#234;tre d&#8217;Internet devint le terrain de jeu des hackers
du monde entier, qui b&#226;tirent au quotidien les briques de base d&#8217;un r&#233;seau dont plus personne ne peut se passer de nos jours. D&#8217;un r&#233;seau de communication militaire, ils firent le plus formidable outil de lib&#233;ration de l&#8217;individu jamais cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;N&#233; dans les ann&#233;es 1960, le mouvement hacker s&#8217;&#233;tendit et se propagea partout dans le monde pendant les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;La d&#233;cennie suivante vit la politisation du mouvement, avec l&#8217;apparition du genre Cyberpunk, la formation des premiers groupes de hackers tels que le Chaos Computer Club en Allemagne (1984), et la naissance des magazines
Phrack (1985) et 2600: The Hacker Quarterly (1984). Des associations (Electronic Frontier Foundation, etc.) se cr&#233;&#232;rent afin de r&#233;fl&#233;chir &#224; l&#8217;impact des nouvelles technologies sur nos soci&#233;t&#233;s. Les &#201;tats se sentirent menac&#233;s et commenc&#232;rent &#224; se doter d&#8217;un arsenal r&#233;pressif
(en France, la loi Godfrain du 5 janvier 1988). Richard Stallman formalisa un certain nombre d&#8217;id&#233;es flottant dans l&#8217;air de l&#8217;&#233;poque et accoucha du concept de &#171; logiciel libre &#187;.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 furent celles de l&#8217;explosion du nombre d&#8217;acc&#232;s &#224; Internet, notamment suite &#224;  l&#8217;invention du Web, et la premi&#232;re d&#233;cennie du XXIe si&#232;cle est une
&#233;poque de folie s&#233;curitaire frappant sans discernement.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Mais on constate que la France est tout bonnement absente de l&#8217;histoire de ce mouvement, car elle a tout fait pour emp&#234;cher l&#8217;&#233;mergence d&#8217;un milieu hacker sur son territoire. En favorisant le Minitel au d&#233;triment
d&#8217;Internet, en s&#8217;armant d&#8217;un arsenal r&#233;pressif irrationnel, en cr&#233;ant de faux groupes de hackers afin de ficher et d&#8217;arr&#234;ter les &#233;l&#233;ments &#171; actifs &#187; (on se souvient du Chaos Computer Club France, fond&#233; par
Jean-Bernard Condat, agent de la &lt;span class="caps"&gt;DST&lt;/span&gt;), elle brise net toute vell&#233;it&#233; d&#8217;organisation et de structuration.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&#192; part quelques sites web comme le regrett&#233; madchat.org, et quelques magazines &#233;lectroniques tels que &lt;em&gt;Noway&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Noroute&lt;/em&gt; ou encore &lt;em&gt;Cryptel&lt;/em&gt;, le milieu fran&#231;ais, syst&#233;matiquement priv&#233; du moindre point de fixation,
peine &#224; se faire conna&#238;tre. De nos jours, quelques organisations isol&#233;es, quelques hacker spaces (ou hacklabs), quelques meetings 2600, et une poign&#233;e d&#8217;&#233;v&#233;nement annuels font vivre un milieu qui ne se
renouvelle que difficilement. Finalement, de nombreux hackers pr&#233;f&#232;rent rester dans l&#8217;ombre, se rabattant parfois sur les associations de d&#233;fense et de promotion du logiciel libre (April), ou des collectifs de vigilance citoyenne (La Quadrature du Net). Le monde
militant, pleinement victime de la d&#233;sinformation ambiante, ne se sent pas vraiment concern&#233; par le discours hacker, et va parfois m&#234;me jusqu&#8217;&#224; le rejeter, au nom de pr&#233;jug&#233;s totalement infond&#233;s. Enfin, et
malheureusement, la contre-culture hacker est largement confondue avec la sous-culture geek, ce qui a le d&#233;sastreux effet de briser net tout &#233;lan revendicatif, toute vell&#233;it&#233; militante. En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, en France, &#234;tre un hacker c&#8217;est &#234;tre isol&#233; et constamment
menac&#233; par la folie s&#233;curitaire ambiante.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;b&gt;II &#8211; Des organisations peu repr&#233;sentatives&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#8217;organisation r&#233;volutionnaire est l&#8217;expression coh&#233;rente de la th&#233;orie de la praxis entrant en communication non-unilat&#233;rale avec les luttes pratiques, en devenir vers la th&#233;orie pratique. Sa propre pratique est la g&#233;n&#233;ralisation de la communication et de la coh&#233;rence dans ces luttes.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Guy Debord, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt;, 1967&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Il est actuellement presque impossible de se revendiquer ouvertement hacker. L&#8217;immense majorit&#233; des formations politiques refuse de prendre ce mouvement au s&#233;rieux, certaines allant m&#234;me jusqu&#8217;&#224; le juger dangereux. Les seules organisations susceptibles d&#8217;accueillir des
hackers sont des organisations ne recoupant que partiellement les pr&#233;occupations des hackers.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l&#8217;organisation la plus &#233;videmment proche du milieu hacker : Indymedia. Sa gen&#232;se (Bataille de Seattle, d&#233;cembre 1999) et son &#233;volution sont intimement li&#233;es au milieu hacker, surtout en ce qui concerne 2600 : Indymedia New-York fut, &#224; sa cr&#233;ation, h&#233;berg&#233;
dans les locaux-m&#234;mes du magazine, et Jello Biafra, auteur du c&#233;l&#232;bre slogan &#171; Don&#8217;t hate the media, become the media. &#187;, est un ami d&#8217;Emmanuel Goldstein. En France, de nombreux hackers se sont impliqu&#233;s dans la cr&#233;ation des divers groupes Indymedia actifs localement, mais leurs id&#233;es n&#8217;ont jamais r&#233;ellement pu influencer au-del&#224; de l&#8217;organisation strictement interne de ces groupes. Au final, ces plates-formes de publication ouvertes ne refl&#232;tent que tr&#232;s rarement d&#8217;autres opinions que celles de la gauche militante historique. Indymedia a largement port&#233; le mouvement anti/altermondialiste, dans lequel peu de hackers se sont reconnus, pour diverses raisons. Les &#233;quipes de mod&#233;ration et/ou de publication peuvent cependant s&#8217;av&#233;rer tr&#232;s ouvertes car elles savent l&#8217;importance
des hackers dans l&#8217;histoire d&#8217;Indymedia, et ces cellules, &#224; d&#233;faut d&#8217;&#234;tre des points de fixation potentiels, peuvent constituer d&#8217;excellents vecteurs de communication externe, d&#8217;autant que leur lectorat est assez demandeur de points de vue novateurs. Il en va de
m&#234;me, bien entendu, pour l&#8217;ensemble des organisations libertaires et/ou militantes : peu et mal inform&#233;es, elles ne peuvent servir de point de fixation, mais elles disposent d&#8217;un r&#233;el savoir faire (communication
externe, gestion des crises polici&#232;res, etc.) et sont g&#233;n&#233;ralement int&#233;gr&#233;es &#224; des r&#233;seaux d&#8217;envergure internationale.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Continuons par le monde du logiciel libre. Il est constitu&#233; &#224; la fois d&#8217;organisations locales (groupes d&#8217;utilisateurs de logiciels libres) et nationales (April, etc.). L&#8217;inconv&#233;nient majeur de ce type de
structures est qu&#8217;elles sont litt&#233;ralement bloqu&#233;es par leur objectif : les logiciels libres, en tant qu&#8217;acteurs majeurs de l&#8217;industrie du logiciel, sont un moyen comme un autre de faire des affaires, de g&#233;n&#233;rer du profit. De grands noms de la violation de la vie priv&#233;e tels que Google, Yahoo! ou encore MySpace et Facebook sont
d&#8217;ind&#233;fectibles soutiens au monde du logiciel libre, car ils en utilisent, en d&#233;veloppent, en financent. On retrouve donc des employ&#233;s de ces entreprises parmi les adh&#233;rents des associations locales et nationales, voire m&#234;me ces entreprises elles-m&#234;mes en tant que personne morale (Google France est par exemple membre de l&#8217;April). Cela explique la grande disparit&#233; des opinions politiques que l&#8217;on trouve au sein de ces associations ; il faut garder &#224; l&#8217;esprit que l&#8217;on peut tout-&#224;-fait &#234;tre favorable &#224; certaines mesures s&#233;curitaires et &#234;tre un fervent d&#233;fenseur du logiciel libre, ces deux id&#233;es ne sont pas incompatibles. Ces associations ne pourront donc
jamais se mobiliser sur certains sujets dont se  pr&#233;occupent bon nombre de hackers, car elles perdraient alors toute la cr&#233;dibilit&#233; durement gagn&#233;e par des ann&#233;es de labeur. Elles font un travail remarquable,
mais ne peuvent servir de point de fixation au mouvement hacker.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Enfin, il existe quelques collectifs citoyens r&#233;put&#233;s proches du milieu hacker, parfois &#224; raison, souvent &#224; tort. Au tout d&#233;but du mouvement de protestation contre la loi &lt;span class="caps"&gt;DADVSI&lt;/span&gt; (Droits d&#8217;Auteurs et Droits Voisins dans la Soci&#233;t&#233; de l&#8217;Information, adopt&#233;e en juin 2006,
rendant ill&#233;gal le d&#233;veloppement de certains logiciels libres et punissant le partage d&#8217;informations non-libres par des peines de prison ferme), la branche fran&#231;aise de la Free Software Foundation (Fondation pour le Logiciel Libre), anciennement pr&#233;sid&#233;e par l&#8217;un des co-fondateurs et actuel D&#233;l&#233;gu&#233; G&#233;n&#233;ral de l&#8217;April, cr&#233;a l&#8217;initiative
&lt;span class="caps"&gt;EUCD&lt;/span&gt;.INFO, et d&#233;bloqua des fonds pour le financer. &lt;span class="caps"&gt;EUCD&lt;/span&gt;.INFO publia un texte intitul&#233; &#171; Le &lt;span class="caps"&gt;DADVSI&lt;/span&gt; et le logiciel libre : la quadrature du cercle &#187;. L&#8217;activit&#233; de ce groupe cessa peu apr&#232;s l&#8217;adoption et l&#8217;entr&#233;e en application de la loi, et un autre collectif fut fond&#233;,
prenant son nom du titre du texte d&#8217;EUCD.INFO : La Quadrature du Net. Ce collectif prit d&#232;s le d&#233;part pour but de tenter de faire barrage &#224; l&#8217;avalanche de textes l&#233;gislatifs liberticides qui se succ&#232;dent depuis 2001/2002. Et puisque ces textes sont soutenus par un
certain nombre de groupes de pression (industrie du disque et du cin&#233;ma, etc.), le collectif d&#233;cida d&#8217;appliquer les m&#234;mes m&#233;thodes et de devenir un groupe de pression citoyen : tour-&#224;-tour cellule de veille et de vigilance scrutant les moindres faits et gestes des &#233;lus ou bureau d&#8217;analyse des textes de lois et des communiqu&#233;s officiels, le collectif appelle en outre les citoyens &#224; faire pression sur leurs &#233;lus afin d&#8217;influencer leurs votes.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Ce type de structure pose trois probl&#232;mes majeurs. D&#8217;abord, l&#8217;activit&#233; d&#8217;un groupe de pression est difficilement compatible avec un fonctionnement d&#233;mocratique. M&#234;me dans le cadre de la vigilance
citoyenne, le risque de d&#233;rive est tr&#232;s important, surtout sur le long terme. Ensuite, les soutiens politiques re&#231;us peuvent varier du tout au tout au gr&#233; des &#233;lections et des textes l&#233;gislatifs : ces collectifs sont donc condamn&#233;s &#224; n&#8217;&#234;tre que des &#171; girouettes &#187;
politiques, instables, et auxquelles on peut  difficilement se fier. Enfin, ce type d&#8217;organisation n&#8217;a, par d&#233;finition, ni programme politique ni inspiration id&#233;ologique claire. Elles suivent une
strat&#233;gie de rustine &#224; court terme, sans le moindre plan &#224; long terme. Il est cependant certain que sur des dossiers pr&#233;cis, un groupe de pression citoyen bien organis&#233;, dot&#233; de  relais m&#233;diatiques fiables et d&#8217;un peu de soutien politique peut r&#233;ussir de jolis coups
d&#8217;&#233;clat, et remporter des batailles &#8211; c&#8217;est d&#8217;ailleurs pour cette raison qu&#8217;il ne faut surtout pas d&#233;nigrer le travail des personnes impliqu&#233;es. Ce type d&#8217;action peut tr&#232;s bien convenir &#224; des hackers mod&#233;r&#233;s peu int&#233;ress&#233;s par l&#8217;id&#233;ologie libertaire majoritaire au sein
du mouvement, mais le fait de n&#8217;&#234;tre dans aucun camp et dans tous les camps &#224; la fois en rebute plus d&#8217;un, qui aimeraient pouvoir clairement revendiquer leurs positions. Quoi qu&#8217;il en soit, les quelques barouds
d&#8217;honneur r&#233;alis&#233;s par ces collectifs ne doivent surtout pas &#234;tre pris pour de vraies victoires historiques : l&#8217;histoire ne retient, on le sait, que les bouleversements id&#233;ologiques, et le souvenir des petites
secousses institutionnelles passe avec les gouvernements.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Il est inutile de s&#8217;attarder sur les groupes, associations ou partis revendiquant l&amp;#8217;identit&#233; &#171; pirate &#187;, car ils refusent ainsi explicitement l&#8217;identit&#233; hacker. Leur n&#233;ant id&#233;ologique ne doit &#234;tre ni excus&#233; ni soutenu : leur non-combat n&#8217;est pas celui des hackers.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;span class="caps"&gt;III&lt;/span&gt; &#8211; DegenereScience&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aux Fran&#231;ais qui se demandent comment &#233;viter Big Brother, nous devons dire la v&#233;rit&#233; : nous sommes d&#233;j&#224; dans une soci&#233;t&#233; Big Brother. La seule question qui tienne encore aujourd&amp;#8217;hui, c&amp;#8217;est savoir comment on
va vivre avec.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Alex T&#252;rk, S&#233;nateur du Nord, Pr&#233;sident de la Commission Nationale de l&amp;#8217;Informatique et des Libert&#233;s, juillet 2005&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;i&gt;La visibilit&#233; est &#224; fuir. Mais une force qui s&#8217;agr&#232;ge dans l&#8217;ombre ne peut l&#8217;esquiver &#224; jamais. Il s&#8217;agit de repousser notre apparition en  tant que force jusqu&#8217;au moment opportun. Car plus tard la visibilit&#233; nous trouve, plus forts elle nous trouve. Et une fois entr&#233; dans la visibilit&#233;, notre temps est compt&#233;. Soit nous sommes en &#233;tat de pulv&#233;riser son r&#232;gne &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, soit c&#8217;est lui qui sans tarder nous &#233;crase.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Comit&#233; Invisible du Parti Imaginaire, &lt;i&gt;L&amp;#8217;Insurrection qui vient&lt;/i&gt;, 2007&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Dans son c&#233;l&#232;bre roman &lt;em&gt;1984&lt;/em&gt;, George Orwell expose l&#8217;un des plus tenaces &#233;pouvantails du XXe si&#232;cle : Big Brother. De son point de vue Anglo-Saxon, Britannique de surcro&#238;t, clou&#233; sur son lit de mort, tout espoir ayant quitt&#233; son corps et son esprit, l&#8217;auteur entend d&#233;noncer
le totalitarisme Communiste en d&#233;crivant froidement la pire machine &#233;tatique jamais imagin&#233;e. De nos jours, cet &#233;pouvantail n&#8217;a &#233;videmment rien perdu de sa vigueur ; il continue d&#8217;alimenter la parano&#239;a ambiante, et donc de distraire les esprits. Car non, &#233;videmment, la France n&#8217;a rien &#224; voir avec la Russie Sovi&#233;tique, pas plus qu&#8217;avec le Royaume-Uni. Cette &#233;vidence, l&amp;#8217;&#201;tat Fran&#231;ais l&#8217;a tout-de-suite int&#233;gr&#233;e : on peut faire passer toutes les restrictions aux libert&#233;s individuelles que l&#8217;on veut, tant qu&#8217;on n&#8217;agit pas comme le ferait l&#8217;&#233;pouvantail Big Brother.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;La R&#233;publique Fran&#231;aise, aux origines latines (c&#8217;est-&#224;-dire fond&#233;e sur les pr&#233;ceptes de la Rome antique), est essentiellement bas&#233;e sur l&#8217;id&#233;e que l&amp;#8217;&#201;tat doit servir de tampon entre les individus : l&#8217;un de ses r&#244;les premiers, r&#233;galiens, est de policer les relations entre les individus. Le fameux slogan r&#233;publicain &#171; La libert&#233; des uns s&#8217;arr&#234;te l&#224; o&#249; commence cette les autres. &#187;  signifie que l&amp;#8217;&#201;tat prive l&#8217;individu de certaines libert&#233;s, notamment celles qui pourraient mener un individu &#224; en &lt;em&gt;blesser&lt;/em&gt; un autre, au propre comme au figur&#233;. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;en France, contrairement au monde Anglo-Saxon qui consid&#232;re que dire des b&#234;tises est un droit inali&#233;nable, il est interdit de formuler certains propos qui pourraient offenser telle ou
telle cat&#233;gorie d&#8217;individus. La France, nation des Droits de l&#8217;Homme, s&#8217;est habitu&#233;e &#224; vivre sous le r&#233;gime de l&#8217;omnipr&#233;sente censure d&amp;#8217;&#201;tat. Quand elle ne frappe pas tel historien nostalgique du Reich, elle frappe un rappeur misogyne ou une romanci&#232;re f&#233;ministe qui
s&#8217;essaie au cin&#233;ma. La France s&#8217;indigne au rythme des scandales qui se succ&#232;dent ; la censure est, elle aussi, devenue une partie du Spectacle. Le &lt;span class="caps"&gt;CSA&lt;/span&gt; veille, les Fran&#231;ais dorment.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Il y a, cependant, une grosse &#233;pine dans le pied de l&amp;#8217;&#201;tat, douleur lancinante qui persiste depuis plusieurs d&#233;cennies d&#233;j&#224;. Car, en effet, Internet repr&#233;sente l&#8217;&#233;crasante victoire du mod&#232;le Anglo-Saxon, o&#249; l&#8217;on peut tout dire, tout raconter, tout &#233;couter, tout entendre,
tout voir, tout savoir, sans restriction, sans limite, prot&#233;g&#233; par plusieurs si&#232;cles de tradition de libert&#233; d&#8217;expression pos&#233;e sur un socle constitutionnel stable, difficile &#224; remettre en question. &#192; ce mod&#232;le &#233;tatique de libert&#233; d&#8217;expression, la technologie ajoute la fin
des barri&#232;res g&#233;ographiques et la quasi-disparition des d&#233;lais de transmission. Elle ajoute l&#8217;impossibilit&#233; d&#8217;une alt&#233;ration a priori des propos, soit l&#8217;impossibilit&#233; du contr&#244;le de l&#8217;expression individuelle. Le r&#234;ve des P&#232;res Fondateurs, r&#233;alis&#233; par une poign&#233;e de scientifiques influenc&#233;s par la contre-culture.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Face &#224; l&#8217;inexorable avanc&#233;e de la libert&#233; d&#8217;expression, les syst&#232;mes &#233;tatiques bas&#233;s sur l&#8217;abolition partielle ou totale des libert&#233;s individuelles n&#8217;ont que deux choix : &#233;voluer ou p&#233;rir. La France ne fait pas exception, elle le sait depuis longtemps ; elle a, malgr&#233;
tout, choisi de ne pas &#233;voluer, et d&#8217;essayer d&#8217;inverser la tendance, tant bien que mal : censure accrue, mesures liberticides appliqu&#233;es au nom de la s&#233;curit&#233; des individus, retour en force de l&#8217;ordre moral, fichage g&#233;n&#233;ralis&#233;, et filtrage des r&#233;seaux de communication. La
France esp&#232;re gagner une bataille id&#233;ologique qu&#8217;elle a manifestement d&#233;j&#224; perdu. Pionni&#232;re des id&#233;ologies lib&#233;rales depuis le Si&#232;cle des Lumi&#232;res, mais incapable de se remettre en question, elle n&#8217;est aujourd&amp;#8217;hui plus que l&#8217;ombre d&#8217;elle-m&#234;me. Les autres nations n&#8217;attendent plus rien d&#8217;elle, et les Fran&#231;ais non plus.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Nous pourrions, bien s&#251;r, continuer &#224; refuser d&#8217;engager le d&#233;bat de fond qui s&#8217;impose, &#224; refuser de changer de cap, et continuer de traiter les sympt&#244;mes au lieu de traiter le mal. Mais nous pensons qu&#8217;une r&#233;flexion sur le long terme, bas&#233;e sur plusieurs d&#233;cennies de
contre-culture hacker, peut provoquer la remise en question n&#233;cessaire &#224; l&#8217;&#233;volution dont la France a besoin, dont l&#8217;humanit&#233; toute enti&#232;re a besoin. La contre-culture hacker est suffisamment m&#251;re et suffisamment universelle pour proposer des r&#233;ponses &#224; toutes sortes de probl&#233;matiques concr&#232;tes, et surtout participer au d&#233;bat public des grandes questions de soci&#233;t&#233;, bien au-del&#224; des simples questions
scientifiques et technologiques. La contre-culture hacker peut servir de base &#224; une r&#233;flexion globale, &#224; la fois th&#233;orique et concr&#232;te. Elle est l&#8217;outil dont nous comptons d&#233;sormais nous servir au grand jour, au
lieu de rester dans l&#8217;ombre.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&#192; dater de ce jour, nous serons les ennemis d&#233;clar&#233;s de l&#8217;id&#233;ologie liberticide ambiante.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&#192; dater de ce jour, nous informerons sans rel&#226;che les individus sur le fonctionnement de l&amp;#8217;&#201;tat Fran&#231;ais, son id&#233;ologie, et les m&#233;thodes qu&#8217;il emploie pour maintenir le statu quo.&lt;br/&gt;
Nous refuserons la violence, car elle ne saurait &#234;tre n&#233;cessaire alors que nous maitrisons tous les maillons de la chaine de l&#8217;information. Les diff&#233;rents organes de &#171; d&#233;fense &#187; de l&amp;#8217;&#201;tat peuvent ais&#233;ment briser n&#8217;importe quel individu ; nous le savons et l&#8217;assumons, car nous savons &#233;galement que l&amp;#8217;&#201;tat ne pourra jamais briser une id&#233;e juste.&lt;br/&gt;
Nous formerons et informerons tout individu ou
groupe souhaitant se tenir &#224; l&#8217;&#233;cart de la surveillance d&amp;#8217;&#201;tat, ou simplement obtenir un certain niveau d&#8217;ind&#233;pendance technologique et/ou id&#233;ologique.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Le champ d&#8217;application de notre organisation &#233;tant potentiellement tr&#232;s vaste, nous souhaitons vivement travailler en collaboration avec tout individu ou groupe qui &#339;uvrerait dans un domaine pr&#233;cis et sp&#233;cialis&#233; en suivant une id&#233;ologie compatible avec la n&#244;tre. Nous ne
souhaitons pas saper le travail des groupes, collectifs associations ou hacker spaces existants, et nous serions honor&#233;s de travailler en commun avec ces organisations.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous formerons, informerons et conseillerons tout groupe ou mouvement politique et/ou id&#233;ologique, et ce tant qu&#8217;il n&#8217;est pas oppos&#233; au principe fondamental de libert&#233; de circulation de
l&#8217;information.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;Nous invitons toute personne ou groupe pensant &#234;tre concern&#233; par ce pr&#233;sent manifeste &#224; nous contacter, quelque soit le moyen. Nous invitons tous les hackers, quelque soient leurs tendances ou leurs opinions, &#224; nous rejoindre. Il manquait &#224; la France une organisation
hacker, militante, responsable et repr&#233;sentative de la diversit&#233; des courants de pens&#233;e de la contre-culture, elle existe d&#233;sormais.&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;&lt;span class="caps"&gt;POUR LA LIBERT&lt;/span&gt;&#201; DE &lt;span class="caps"&gt;CIRCULATION DE L&lt;/span&gt;&#8217;INFORMATION&lt;br/&gt;
&lt;span class="caps"&gt;CONTRE LA BANALISATION DES PRIVATIONS DE LIBERT&lt;/span&gt;&#201;&lt;/p&gt;


	&lt;p&gt;DegenereScience, ao&#251;t 2009&lt;/p&gt;</description>
      <pubDate>Tue, 01 Sep 2009 21:49:00 -0400</pubDate>
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      <author>decerebrain@dg-sc.org (DecereBrain)</author>
      <link>http://decerebrain.weblogs.dg-sc.org/articles/2009/09/01/manifeste-pour-la-cr%C3%A9ation-dune-organisation-hacker-en-france</link>
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