Voilà ce qu'ils ont fait du Christ.

Publié par DecereBrain Fri, 19 Oct 2007 15:32:00 GMT

“Ouvrir les yeux
Sur ce pauvre bon dieu
Qui n’a rien demandé
Et qui sait plus son nom
Tellement qu’il est perdu
Au milieu des horreurs
Que commettent ses fils
Au nom de l’ignorance.”
—Saez, J’veux du nucléaire

Pendant les Journées du Patrimoine, j’ai eu l’occasion d’aller visiter des lieux que je fréquente d’ordinaire très peu, comme la cathédrale Notre-Dame de la Treille, dans le Vieux Lille, ainsi que son beffroi qui sert en fait de clocher.

Ma maman se dit catholique, j’ai donc subi une éducation religieuse ; elle fut plutôt chiante, antipédagogique et parfaitement obscurantiste. J’ai mis des années avant de trouver le mot exacte : l’enseignement du catéchisme était nihiliste, c’est-à-dire qu’il produisait chez n’importe quel enfant à la recherche de réponses l’exacte inverse de ce qu’il voulait produire. Au lieu de m’ouvrir l’esprit à une transcendance me permettant de trouver ma voie, l’église catholique ne m’a donné qu’encore plus de raison d’écouter le discours trostkyste de mon père (discours que j’ai, à l’adolescence, eu l’occasion de mettre en défaut car lui aussi est un nihilisme dangereux). Au lieu d’être vecteur d’une puissante vérité culturelle et philosophique, l’enseignement du catéchisme fut cause d’un très fort refus de la religion dans mon esprit. Tout ce que j’ai pu retirer de la religion, c’est d’une part le goût de l’art, et d’autre part le goût de la grandeur d’âme. J’avoue sans embage ma fascination pour la Renaissance Italienne où les sciences, la technique, l’art et la foi religieuse ont permis en s’associant de manière forte de créer des oeuvres qui resteront parmis les plus belles et les plus grandes que l’humanité ai jamais créées. Le nihilisme se combat par le refus de séparer les différents champs de connaissance, et de les embrasser tous pour en faire la synthèse : ainsi fut érigée la chapelle Sixtine et écrite la Divine Comédie, composées les oeuvres de Bach, sculptée la Pietà de Michel-Ange.

La crypte de Notre-Dame de la Treille abrite les expositions du Centre d’Art Sacré Contemporain de Lille et c’est animé d’une humble curiosité d’homme ayant trouvé la foi autre part que dans la religion que j’ai franchi le seuil et descendu l’escalier.

En y passant, je suis tombé sur ce Christ oublié de Jean Roulland dont j’ai pris deux photographies (la première et la seconde ). Elle sont de qualité médiocre et je m’en excuse, mais la visite est gratuite, alors rien ne vous empêche d’aller en prendre d’autres et de me les fournir ;-).

La première chose à laquelle j’ai pensé en tombant sur cette oeuvre est, très exactement : voici ce que le XXe siècle a fait du Christ. Maigre comme un junkie, sa “carcasse pourrissante” (comme le note fort justement Olivier Cenna ) nous donne la pleine mesure de la souffrance que peut endurer un désespéré, malade à cause du monde qui l’a renié, victime non comptabilisée d’une guerre globale, généralisée, oui généralisée, comme un cancer qu’on ne peut guérir mais qu’on soulage par le biais d’opiacés.
C’est un Christ mort seul, seul avec son idée, idée selon laquelle l’humanité a encore une chance d’être sauvée. C’est un Christ mort seul avec son espoir, et son espoir est mort avec lui.
C’est un Christ seul, perdu au mileu d’un monde qui n’a que faire des vérités qu’il incarne, un Christ inutile, vide, bouffé par la mort bien avant qu’elle n’arrive.
C’est un Christ cyberpunk, noyé dans le nihilisme du chaos technologique absolu. Sa frappante similitude avec les Silicates du Blame! de Tsutomu Nihei en dit long sur le lent pourissement de notre société postmoderne, métamoderne même, puisqu’il était déjà visible à ce sculpteur en 1975 !

C’est dans cette société dégénérée, où des livres aussi mauvais que Da Vinci Code peuvent être pris au sérieux par des millions d’incultes décérébrés, que le message du Christ devrait avoir le plus d’importance, que l’expérience de la Cruxifiction devrait être rappelée à nos souvenir, que les oeuvres des grands Chrétiens devraient nous remettre les idées en place.
Mais l’ignorance et le nihilisme ont déjà gagné. Il n’y aura pas de paradis. Il n’y aura pas de seconde chance. Rappelez-vous bien de ceci : demain, c’est aujourd’hui en pire.

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